Haïti: « Nous n’allons pas voter, nous sommes en rébellion »

Publié le 20 janvier 2016 sur Révolutionpermanente.fr

MANIFESTATIONS CONTRE ELECTIONS BIDON

HAITI

Pierre Reip

Le second tour des présidentielles haïtiennes doit avoir lieu dimanche 24 janvier, mais la colère monte face à un processus électoral entièrement biaisé, dans un pays occupé militairement par l’ONU avec la bénédiction des Etats-Unis.

En France, la presse a parlé d’Haïti lors du tremblement de terre du 12 janvier 2010. Depuis silence radio. L’indignation a été de courte durée. La mascarade humanitaire a servi de prétexte à une occupation du pays par les casques bleus sous le patronage de Washington. Une grande partie de l’aide financière a été détournée et les plaies de la catastrophe sont encore béantes. Des milliers de déplacés n’ont toujours pas retrouvé un habitat décent. La précarité est généralisée et la situation sanitaire des familles relogées dans des structures temporaires est des plus préoccupantes…Le temporaire peut durer longtemps et une grande partie des Haïtiens en a plus qu’assez de la flicaille de la MINUSTAH (Mision des Nations Unies pour la Stabilisation en Haïti). Présents depuis 2004 pour contrôler une population contrainte à d’énormes sacrifices, les casques bleus sont aussi chargés de « sécuriser les élections » aux côtés de la Police Nationale d’Haïti (PNH) pour mieux faire taire toute contestation.

« Nous n’allons pas voter, nous sommes en rébellion », « Dimanche, on n’ira pas voter, on aura nos machettes et des pierres ! », « Tuez Opont, Martelly et arrêtez Obama ! », tels étaient les slogans que l’on pouvait entendre lors des manifestations de lundi et mardi qui ont réuni plusieurs milliers de personnes à Port au Prince contre la tenue des élections dimanche. Opont, c’est le président du Conseil Electoral Provisoire, détesté parce que corrompu jusqu’au cou. Martelly, alias Sweet Micky, qui n’a de doux que le surnom, c’est depuis le 14 mai 2011 le président de la République d’Haïti. Son élection avait déjà été très largement contestée à l’époque. Cinq ans après, la colère est d’autant plus forte.
Alors bien sûr, l’opposition essaye de se placer à la tête de la contestation contre la tenue des élections, mais les manifestations de cette semaine, qui font suite à celles de l’automne 2015, en marge du premier tour des élections, sont loin de se réduire à un désir d’alternance politique. C’est aussi une classe politique corrompue et l’ingérence des impérialistes – au premier rang desquels, les Etats Unis – qui sont dénoncés. Lors du scrutin du 24 janvier, Jude Célestin, le leader du parti d’opposition LAPEH (Ligue alternative pour le progrès et l’émancipation haïtienne) était censé faire face à Jovenel Moïse, le candidat soutenu par le président. Face au rejet croissant des élections dans la population, il a annoncé qu’il se retirait du second tour et n’a pas hésité à parler de « farce » électorale. Face à cette crise politique, le Conseil Electoral Provisoire semble vouloir maintenir vaille que vaille les élections…avec pour seul candidat celui de l’exécutif.

Face à l’indifférence du monde, l’écrivain Lyonel Trouillot a publié mardi dans le journal haïtien Le Nouvelliste uneAdresse aux sociétés civiles des Etats représentés en Haïti. En voici un extrait : « Dans le froid ou la chaleur, tu vis ta vie de citoyen, tes démêlés avec une réalité qui n’est pas sans difficultés, ne te permettant pas de t’informer au quotidien du sort des autres. Tu payes des gens pour t’occuper de tes relations avec les autres. Sais-tu ce qu’ils sont en train de faire en ton nom ? Ce qu’ils ont fait en ton nom ? Comment ils dépensent ton argent ? Quelle image ils donnent de ton pays ? Sais-tu qu’en ton nom, avec ton argent, ils ont cautionné toutes les dérives d’un exécutif ayant refusé systématiquement d’obéir au calendrier électoral fixé par la Constitution haïtienne ? Sais-tu qu’aujourd’hui, ils appuient ce même exécutif en fin de mandat pour la tenue « d’élections » présidentielles avec un candidat unique : celui du parti de l’exécutif ? (…) Sais-tu que ce conseil électoral est défendu exclusivement par l’exécutif et tes représentants ? Sais-tu que si tes représentants continuent sur cette lancée et imposent le candidat unique comme président de la République d’Haïti, des Haïtiens risquent de mourir ? La population n’acceptera pas et manifestera son désaccord. Et le « président élu » devra tenter de s’imposer par la force. Sais-tu que les armes, c’est toi qui les payes en partie ? (…) »

« Je préfère encore croire que tu es mal représenté et ne signes pas les crimes, les forfaitures qu’on a pu commettre en ton nom.
Voilà pourquoi, cette semaine, nous allons, avec des amis, envahir (mais rassure-toi, ce n’est qu’une métaphore), tes journaux, tes réseaux sociaux, tes espaces de parole et d’écoute pour te mettre au courant de ce qui s’opère ici, sur cette terre d’Haïti, en ton nom, avec ton argent. Comme ça tu pourras prendre position, si tu le veux, demander au moins des explications à tes représentants. »

On peut avoir des nuances avec la lettre de Trouillot. L’esprit qui l’anime cependant, est juste. L’alternance politique n’est pas une solution. Mais il n’y aura d’issue pour Haïti, que lorsque le pays sera libéré de la tutelle impérialiste. Et cela, ici, le strict minimum, c’est de le dire…et de le dénoncer !

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