Palestine. Les symboles parlent mais ne suffiront pas

Publié le 1er octobre 2015 sur revolutionpermanente.fr sous le pseudonyme de Yann Illers

LE DRAPEAU PALESTINIEN HISSÉ AU SIÈGE DE L’ONU

drapeau-palestinien-onu

Yann Illers

Rouge, noir, blanc, vert sur ciel de plomb : mercredi 30 septembre 2015, pour la première fois en 70 ans d’existence de l’ONU, le drapeau palestinien flotte sur le parvis du siège new-yorkais de l’institution internationale. La lutte pour l’indépendance du pays chanté par Mahmoud Darwich compte pourtant plus d’années encore. « Les symboles sont importants. Ils peuvent mener à l’action » (…) « Nous ne pouvons en aucun cas nous imaginer que cette cérémonie marque la fin du parcours. » Hélas, Ban Ki-moon, le très discret secrétaire général des Nations Unies, à qui l’on doit ces deux phrases, a sur ce point raison : le chemin du peuple palestinien vers sa libération est loin d’être terminé. Pour cela il faudra bien plus que des symboles et des discours.

« encore une fois
les assassins dorment
sous ma peau
et la potence devient
drapeau
ou
épi
dans le ciel de la forêt en flammes »

Mahmoud Darwich, Encore une fois, T’aimer ou ne pas t’aimer, 1972

Amère relation que celle qui lie la Palestine à l’ONU

Y-a-t-il plus patent échec du mythe onusien, que la continuation de la politique coloniale de l’Etat d’Israël, avec son lot de massacres ? Le ver était dans le fruit, dès le plan de partage acté par la résolution 181, votée par l’Assemblée générale des Nations Unies le 29 novembre 1947. Les 1.200.000 arabes qui représentaient les deux tiers de la population de Palestine se sont vu attribuer 45% du territoire. Cette funeste partition mena droit à la guerre israélo-arabe de 1948 qui s’est soldée par la Nakba, l’expulsion de 750 000 palestiniens sans droit de retour.
Depuis, l’emprise coloniale de l’Etat d’Israël, affermie par de multiples offensives militaires, n’a eu de cesse de se resserrer, malgré d’innombrables résolutions internationales. L’entrée de la Palestine à l’ONU en tant que membre observateur en 2012, puis à la Cour internationale des droits de l’homme début 2015 et la cérémonie de mercredi sont des victoires paradoxales. La colonisation israélienne n’a jamais été aussi forte, tandis que pour la première fois depuis cinquante ans, la mortalité infantile est en hausse dans la bande de Gaza du fait du blocus. Ces derniers jours, la tension est à son comble à Jérusalem, autour de l’esplanade des mosquées, comme dans l’ensemble des territoires occupés, suite aux mesures humiliantes instaurées par le gouvernement Netanyaou et à l’assassinat de deux palestiniens par Tsahal. La Palestine pourrait se diriger vers une troisième intifada

Les limites du discours

Non sans humour, l’octogénaire président de l’Etat palestinien, Mahmoud Abbas, avait promis une bombe pour son discours. Rien d’éclatant, cependant, face à un parterre de despotes et de diplomates racornis. Abbas a plaidé la reconnaissance à part entière de l’Etat palestinien qui n’a toujours qu’un statut d’observateur. Il n’a pas manqué de rappeler, à juste titre, les souffrances qu’endurent le peuple palestinien, les avancées de la colonisation et les multiples manquements de l’Etat d’Israël aux accords internationaux. Face à cette situation, il a demandé le soutien des Nations Unies et a brandi la menace d’une sortie du « statu quo » issu des accords d’Oslo de 1993, que l’Etat d’Israël n’a jamais respectés, contrairement à l’autorité palestinienne. Abbas est resté cependant suffisamment flou pour ne pas s’engager par exemple sur une rupture des accords de coopération policière. Nulle réelle offensive, du côté du président palestinien, qui avec l’OLP, dont il est le secrétaire général a entériné la solution minimale et déséquilibrée de deux Etats.
Si Netanyaou, le premier ministre israélien, s’est empressé de dénoncer dans un communiqué le discours « mensonger » d’Abbas, qui selon lui encouragerait « à la destruction au Moyen-Orient », il a consacré la majeure partie de son intervention à la tribune des Nations Unies à l’Iran. C’est dire ses priorités, même s’il s’est déclaré, non sans forfanterie, prêt à reprendre les négociations avec les palestiniens.

« À quelques mètres, le drapeau palestinien flotte – vert, noir, rouge et blanc – au-dessus d’un groupe de jeunes gens et jeunes filles palestiniens venus de tous les coins de l’exil. Sur l’horizon il efface, en symbole, l’horreur du passé, il représente l’action militante qui change le présent, et il suscite la lutte pour la victoire future ! Comme ils étaient beaux, tous. Tu t’approches d’eux, saisi par l’émotion de rencontrer cette moitié de toi-même perdue depuis vingt ans. Ils s’approchent de toi, assoiffés de la soif de ces mêmes vingt années auprès d’une source assiégée.  » Nous vous attendons ? – Nous arrivons ? » « Vous pleurez. Ensemble vous pleurez et puis vous vous séparez à nouveau.(…)  »
Mahmoud Darwich, La condition de l’attente, chronique de la tristesse ordinaire, Beyrouth, 1974

L’attente ne peut durer éternellement. Le silence non plus. La solution ne viendra que des Palestiniens, aidés de celles et ceux qui, de par le monde, comme en Israël voudront bien soutenir leur combat. La diplomatie n’offre que des victoires symboliques. « J’ai compris que les poèmes ne changeaient rien. Rien que la poésie » disait Mahmoud Darwich : « On dit que la poésie se définit par son contraire. Mais quel est le contraire de la poésie ? ».

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