Exercice de diplomatie néoconservatrice

Publié le 29 septembre 2015 sur revolutionpermanente.fr

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Dimanche et lundi, François Hollande était en déplacement à New York pour intervenir à la soixante-dixième Assemblée générale des Nations Unies. L’enjeu était de taille pour un président qui mise beaucoup sur sa politique extérieure agressive afin de se maintenir sur le devant de la scène internationale et tenter de pallier à la banqueroute complète de son quinquennat. Sur le dossier syrien, qui était au cœur des débats, Hollande a réaffirmé la ligne dure de la diplomatie française.

Pierre Reip

Un exercice de communication

Relégué au second rôle derrière Angela Merkel sur le plan Européen, Hollande a tout fait pour apparaître comme le leader du Vieux continent en matière de diplomatie, aux côtés des deux ténors Obama et Poutine. Il s’est à nouveau clairement distancié de la chancelière qui avait déclaré la semaine dernière qu’il ne fallait pas fermer la porte à Bachar Al-Assad dans les négociations sur l’avenir de la Syrie.

Dimanche matin, à l’heure où les New-Yorkais dorment encore, les chaînes d’informations en continu de l’hexagone sont sur le qui-vive : depuis le siège des Nations Unies, Hollande annonce avec solennité que l’armée française a réalisé ses premières frappes en Syrie. La cible : un camp d’entraînement de l’Etat islamique dans la région de Deir el Zor. Or, d’après les informations révélées par Le Monde mardi, les premiers bombardements français auraient eu lieu dès le 24 septembre, dans la région de Rakka. Ajuster le calendrier militaire à l’agenda diplomatique : là réside tout l’art de la communication.

Non content de cette première mise en scène, Hollande et ses communicants organisent le lendemain et à la va-vite une conférence de presse sur la question syrienne, juste avant son intervention en plénier. Hollande est peu convaincant, surtout lorsqu’il tente de répondre à une journaliste qui lui demande comment il souhaite faire partir Bachar el-Assad, et s’il faut faire « comme en Lybie ». Hollande est tellement obsédé par sa communication, qu’il prolonge sa conférence de presse et arrive en retard pour son discours. Contraint de passer après l’émir du Qatar, il prend la parole alors que ses homologues ont entamé leur repas, offrant la belle image d’une France isolée dans son jusqu’au-boutisme militariste.

Néo-conservatisme à la française

Hollande entame son discours sur la question du climat. Il met en avant trois conditions pour que la Conférence internationale de Paris (COP21) soit un succès : un accord universel (1), qui peut être révisé (2) et avec un engagement financier des pays développés (3). Mais le cœur de son propos n’est pas là et la transition est facile :« Ce que l’on attend, dit-il, ce n’est pas seulement que le monde soit vivable à la fin du siècle, c’est qu’il soit supportable déjà aujourd’hui alors que conflits et guerres nous saisissent de tragédies que l’on imaginait plus voir en 1945 quand furent fondés les systèmes des Nations Unies  ».

Magnant l’art de l’ellipse, Hollande en vient à la question syrienne. Pointant les « 250.000 morts dus au régime de Bachar el Assad » et la « masse » des 8 millions de réfugiés, il avance la nécessité d’une « mobilisation » et « d’une intervention ». Dans ses sempiternelles diatribes contre Assad, il reprend à sa sauce la rhétorique manichéenne du néo-conservatisme à la Bush : « Ce n’est pas parce qu’il y a un groupe terroriste qui lui-même massacre, tue, vole, détruit, y compris des patrimoines essentiels de l’humanité, qu’il y aurait pour autant une forme de pardon pour le régime qui a créé cette situation. Comme si le fait d’avoir un groupe terroriste qui commet le pire du mal serait une façon d’avoir une partie du bien. » Ces mots rappellent à s’y méprendre le vocable bushien de « l’axe du mal » et les exhortations à la croisade rédemptrice en Irak.

Tout en se rangeant au principe d’une coalition internationale comprenant la Russie, et d’une transition intégrant des cadres du régime El-Assad, les propos d’Hollande rappellent les stratégies dévastatrices de la guerre d’Irak et de Libye, ou comment agiter le chiffon rouge d’un dictateur pour semer le chaos.

Non content de bombarder la Syrie pour « endiguer le flot des réfugiés », Hollande fait part de sa volonté « d’inverser les flux » et de « retenir les réfugiés au plus près de leur pays d’origine ». C’est-à-dire en fait, là où ils sont déjà : au Liban, en Turquie et en Jordanie. Pour ce faire, il annonce augmenter de 100 millions d’euros le soutien de la France aux pays voisins de la Syrie et sort de son chapeau le Haut-commissariat aux réfugiés des Nations Unies, qu’il convient selon lui de doter davantage. Malin, Hollande prend pour prétexte le renforcement de l’aide humanitaire aux réfugiés du Moyen Orient, pour mieux justifier sa politique « d’accueil » au compte-goutte. En clair, sa solution pour la crise des réfugiés : bombarder la Syrie et l’Irak, fermer les frontières de l’Europe et verser quelques euros aux institutions internationales.

Enfin, grand démocrate, Hollande se prononce en faveur d’une réforme des Nations-Unies et propose de supprimer le droit de véto des membres permanents du Conseil de sécurité en « cas d’atrocité de masse ». La ficelle est grossière. Hollande n’entend pas ainsi démocratiser l’ONU, mais ouvrir le champ libre aux interventions militaires, et les draper de la légalité onusienne dès que les impérialistes le souhaitent : il est facile d’invoquer « une atrocité de masse » pour justifier une entrée en guerre. Souvenons-nous des fameuses armes de destruction massive.

Hollande, plus Bush que Bush, mène une véritable diplomatie de la canonnière, fidèle à la tradition colonialiste de la France.

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