Scandale Volkswagen. Alors, qui sont les fraudeurs ?

ENFUMAGE SUR LES GAZ

Publié le 22 septembre 2015 sur revolutionpermanente.fr sous le pseudonyme de Yann Illers

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Yann Illers

On ne pouvait imaginer meilleur scénario de science-fiction : le premier constructeur automobile mondial a développé un logiciel espion permettant de fausser les contrôles d’émissions des moteurs diesel d’au moins 11 millions de véhicules dans le monde. En deux jours les actions Volkswagen ont perdu un quart de leur valeur à la bourse de Francfort, rapidement suivies dans leur chute par l’ensemble des valeurs boursières automobiles. Cette nouvelle affaire n’en est qu’à ses débuts mais elle sera lourde de conséquences…

Une véritable usine à gaz

Sérieux et contrit, Martin Winterkorn, le PDG de VW a pris la parole mardi soir pour promettre de faire toute la lumière sur l’affaire et « s’excuser auprès des millions de personnes qui, de par le monde font confiance à la marque, aux voitures et à la technologie Volkswagen ». Subtile ironie quand on sait que Volkswagen balade depuis cet été l’agence américaine de protection de l’environnement (EPA).

… Le pot ne sentait pas la rose

Le pot aux roses a été découvert par des chercheurs de l’université de Virginie occidentale, suite à une demande effectuée en 2013 par l’ONG International Council for Clean Transportation (ICCT). Pour la première fois des tests étaient réalisés en toute indépendance sur les émissions réelles des véhicules diesel. Toutes les voitures testées, quelle que soit leur marque, dépassaient allégrement les chiffres d’émissions déclarés par les constructeurs.

Pour les voitures VW concernées, les tests ont indiqué des émissions d’oxyde d’azote se chiffrant à près de 40 fois les normes en vigueur. Contraint de fournir des explications sur ces résultats, le groupe a argué dans un premier temps qu’il s’agissait de défaillances techniques… pour finalement avouer piteusement la supercherie dimanche, en avançant dans un premier temps le chiffre de 482 000 véhicules concernés. On sait à présent que la manipulation concerne au moins 11 millions de véhicules équipés du moteur diesel EA 189 et ce dans le monde entier.

Des milliards partis en fumée… tandis que VW brasse des gros billets.

VW risque d’ores et déjà une amende record de 37 000 $ par véhicule soit 18 milliards de $ (16 milliards d’euros), auprès de l’agence environnementale états-unienne. Amende que le groupe pourra sans doute négocier à la baisse. Une procédure pénale est déjà engagée aux États-Unis et une « class action » a été déposée par un cabinet d’avocat auprès la Cour fédérale de San Francisco. Des milliards de dollars en dommages et intérêts pourraient être exigés.
La capitalisation boursière de Volkswagen s’est dépréciée de plus de 25 milliards d’euros en deux jours, suivie par les titres de tous les constructeurs et sous-traitants automobiles : mardi, les actions Peugeot, Renault et Faurecia (sous-traitant) ont perdu respectivement 8,76%, 7,12% et 8,27 % de leur valeur.
VW a retiré de la vente ses voitures diesel aux États-Unis – uniquement – et va rappeler des millions de véhicules.
Pour faire face à la crise, VW a en outre provisionné 6,5 milliards d’euros sur ses 10 milliards de bénéfice annuel, pour un chiffre d’affaire de plus de 100 milliards d’euros…

Le nuage s’étend…

L’affaire a pris une tournure mondiale : l’Europe et l’Asie sont aussi concernées. La Corée du Sud a convoqué les représentants de Volkswagen, tandis que Michel Sapin s’est empressé d’exiger une enquête européenne sur la question. Les agences environnementales de nombreux États se préparent à effectuer de nouveaux tests sur tous les véhicules diesel mis en vente et l’affaire pourrait dépasser de loin le groupe Volkswagen.

Le mirage de la régulation

Alors que les adeptes du greenwashing international se préparent à la COP21, ce scandale planétaire fait tâche. Il met surtout à jour la complaisance des agences gouvernementales dont les tests sont biaisés et très facilement contournables. Elles ferment les yeux sur les malversations des grands groupes automobiles, qui jouissent d’un poids considérable dans les économies nationales, et ce au mépris de la santé et du climat. Les constructeurs automobiles sont très largement subventionnés. Les milliards d’euros d’aides versés en 2008-2009 et le « crédit impôt pour la compétitivité et l’emploi » (CICE), en France, en sont des exemples édifiants. Aussi, aux États-Unis, ce n’est pas un hasard si l’Agence environnementale états-unienne en a profité pour s’attaquer à VW, principal groupe concurrent de General Motors, le principal fleuron automobile nord-américain, dans l’espoir de voir remonter les ventes de l’entreprise nationale.
De la même manière, il serait très chauvin de considérer que ce genre de pratiques n’a lieu qu’en Allemagne. Les tests d’émission en Europe sont d’ailleurs tellement faciles à contourner qu’aucun logiciel n’est nécessaire pour cela !
On sait que les marques françaises ont depuis des années pour stratégie commerciale de vendre des voitures diesel en les faisant passer pour propres. Les moteurs français bien de chez nous ne pollueraient pas ? … Tout le monde se souvient pourtant des pics de pollution des deux dernières années, pendant lesquels des mesures d’urgences – très insuffisantes – telles que la circulation alternée et la gratuité des transports publics ont dues être mises en place.

Les capitalistes trichent, les États cautionnent, tout le monde trinque !

Alors que le chiffre des cancers et des maladies respiratoires liés à la pollution de l’air est astronomique, et que le réchauffement du climat engendré par les émissions des véhicules polluants – et par l’ensemble de la chaîne de production qui permet de les construire – a déjà des conséquences dévastatrices, nos gouvernants se livrent à un véritable jeu de dupes.
L’affaire VW est un scandale mondial, mais la plupart des réactions se limitent à exiger une vague transparence, voire la démission du PDG de Volkswagen. Les conséquences sur la santé et le climat de ces manipulations sont rarement évoquées, sans parler du sort des 600 000 salariés de Volkswagen à qui le groupe va chercher à faire payer les conséquences de l’affaire.
À cet égard, il est regrettable qu’Hartwig Erb, secrétaire du syndicat de la métallurgie IG Metal de Volkswagen Wolfsburg, réitère sa confiance dans le groupe Volkswagen et se limite à exiger du groupe qu’il fasse toute la lumière sur l’affaire.
Plus que jamais, la revendication d’ouverture des livres de comptes des entreprises est d’actualité : il convient de révéler au grand jour combien les dirigeants et actionnaires de Volkswagen et de tous les constructeurs automobiles ont engrangé, au mépris de la santé de tous, du climat, et sur les dos des salariés qui risquent sous peu de faire les frais des fraudes de leurs PDGs charognards.

S’il y a bien une chose que l’affaire VW révèle clairement, c’est que la préservation de l’environnement et de la santé de tous ne peut s’opérer par une régulation du mode de production capitaliste. Non seulement les gouvernants ferment les yeux, mais toutes les normes ne sont que les fragiles béquilles d’un système qui exploite, qui ment, qui tue.

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